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Lénin Villagómez
Avez-vous fait toute votre scolarité dans une école française ?
En quelle année l’avez-vous quittée ?
Et le cas échéant, quel(s) diplôme(s) ?
Je m’appelle Lénin Villagómez, je suis équatorien et à partir de l’âge de 3 ans j’ai été dans une école française à l’étranger : le lycée La Condamine de Quito en Equateur. J’ai actuellement 38 ans et j’ai eu mon bac scientifique en 1990.
Votre scolarité dans une école française a-t-elle correspondu à une histoire ou une tradition familiale particulière ?
Il y a 35 ans, mes parents étaient voisins de la fondatrice d’une garderie française. Cette amie nous a accueillis, mon frère et moi, dans sa garderie, puis nous avons rencontré la psychologue du lycée La Condamine qui venait d’ouvrir ses portes à Quito. Elle nous a recommandé l’inscription au lycée et mon frère et moi y avons suivi toute notre scolarité. Nous conservons toujours une grande amitié pour ces deux amies.
Quel a été ensuite votre parcours d’études ? Votre parcours professionnel ?
Après mon bac scientifique, j’ai eu droit à une bourse d’Excellence de l’AEFE pour mon bon parcours scolaire. Avec mon frère, nous sommes allés en France, en classes préparatoires aux Grandes Écoles au lycée Jean-Bart de Dunkerque. Après trois ans, j’ai intégré l’École supérieure de mécanique (appelée anciennement CESTI) qui fait partie des Grandes Écoles du réseau ENSI. J’ai passé deux années à Paris puis l’année de spécialisation à Toulon. J’ai obtenu en 1997 le diplôme d’ingénieur généraliste avec la spécialisation de concepteur de systèmes industriels.
Après avoir fait ma thèse en Equateur dans l’entreprise alimentaire PRONACA, j’ai décidé de rester en Equateur. J’ai travaillé pendant deux ans pour PRONACA puis trois ans dans un bureau d’études comme ingénieur chef de projets.
Actuellement, je suis consultant pour des entreprises privées et en même temps enseignant de sciences physiques au lycée La Condamine.
Pensez-vous que votre scolarité dans une école française a eu une influence sur vos choix d’études ? Sur votre projet professionnel ?
Je pense que ma scolarité a eu une grande influence sur mon choix d’études puisque la grande qualité de l’enseignement que j’ai reçu a été déterminante pour que je choisisse des études scientifiques si exigeantes, comme celles des classes préparatoires.
Quels ont été, selon vous, les apports principaux de votre scolarité dans une école française ?
Le principal apport de ma scolarité est bien sûr le fait d’avoir été immergé depuis le plus bas âge dans la culture française, cela fait que mon « esprit » est binational et maintenant je ne me sens ni équatorien ni français mais vraiment équatoriano-français, avec le meilleur des deux cultures.
L’autre apport est la qualité des enseignements reçus qui ont fait de moi un excellent professionnel, capable de relever tous les défis dans mon métier et la vie courante.
Quel a été, pour vous, l’apport de l’école française dans le domaine de l’apprentissage des langues ?
L’apport de l’école française est bien sûr la pratique courante d’une langue étrangère qui peu à peu devient notre deuxième langue maternelle ; en sortant du lycée, je n’ai eu aucun problème à m’adapter en France au niveau linguistique.
Que pensez-vous des valeurs transmises dans le cadre de la scolarité dans une école française à l’étranger ?
Je pense que les valeurs transmises ont été enrichies par l’apport des deux cultures. Cela pose parfois des problèmes de compatibilité mais, en harmonisant au fil des ans ces valeurs, mon lycée a réussi à concevoir un modèle d’éducation vraiment « binational », respectant les valeurs des deux pays.
L’école française que vous avez fréquentée vous a-t-elle semblée ouverte à l’environnement social et culturel local ?
Je n’ai jamais senti une fermeture à l’environnement social et culturel local par l’école française. Toutefois, on a eu du mal à harmoniser les concepts préconisés par nos deux cultures. On est tout de même arrivé à construire un modèle d’éducation, fruit de consensus, qui essaye de prendre le meilleur des deux cultures afin de répondre aux exigences des programmes des deux pays.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes en matière d’orientation scolaire et professionnelle, compte tenu de votre expérience ?
Le conseil que je peux donner aux élèves des écoles françaises à l’étranger est qu’il faut embrasser le meilleur des deux cultures. Cela leur permettra de construire un projet d’avenir solide et excellent puisque les outils fournis par ces écoles dépassent largement les exigences locales. Deux cultures assimilées en soi ouvrent les portes à un avenir professionnel excellent. Les outils sont donnés. Il faut se les approprier.
L’école française : un bon souvenir ? Des regrets ?
Les meilleurs souvenirs que je garde dans mon esprit sont ceux des quinze années passées dans mon lycée franco-équatorien. Je regrette un peu le manque d’orientation professionnelle à l’époque (20 ans quand même) mais cela s’est arrangé au fil des années. Je pense que les jeunes d’aujourd’hui possèdent des outils que nous n’avions pas alors, mais ceci est propre à notre changement d’époque.
Je n’ai que gratitude à l’égard de la France que je considère comme mon deuxième foyer et que je visite en permanence. On reste attaché pour la vie !