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Témoignage de May El Hossamy, ancienne élève du Lycée français du Caire, Égypte

El Hossamy May

  • Lycée français du CaireEgypte

Avez-vous fait toute votre scolarité dans une école française ?
En quelle année l’avez-vous quittée ?
Et le cas échéant, quel(s) diplôme(s) ?

Non, jusqu’au brevet, donc jusqu’en fin de troisième au Lycée français du Caire. Je n’avais pas la moyenne en français et ma mère a présenté mon dossier dans une école franco-égyptienne où j’ai été admise en seconde.

Votre scolarité dans une école française a-t-elle correspondu à une histoire ou une tradition familiale particulière ?

Je n’avais pas du tout confiance en moi parce que je n’avais pas de bonnes notes. J’étais intelligente mais je n’arrivais pas à suivre le système (au lycée français). À l’école franco-égyptienne, je ne me sentais pas mal : c’était beaucoup plus clair, ce qu’il fallait apprendre. Quand je faisais des efforts, cela se voyait, j’avais une récompense directe. Lorsque les élèves n’ont pas de bonnes notes, l’aide psychologique est importante.

Après le bac (lettres, égyptien), j’ai suivi des études aux Beaux-arts au Caire. J’ai ensuite fait mon diplôme d’études approfondies (DEA) à Aix-Marseille, en Lettres et Art. Je n’ai pas fait de formation « académique » en photo, mais j’ai lu et j’ai beaucoup pratiqué, beaucoup travaillé avec des photographes. C’est ça mon moyen d’apprentissage…

Quel a été ensuite votre parcours d’études ? Votre parcours professionnel ?

Je suis passé de l’art à la photo et à la vidéo. Pour moi la photo, c’est un moyen avec lequel on peut très bien communiquer avec les gens. Je suis donc passé un peu inconsciemment à la photo, mais je peins toujours, et pratique mon métier d’artiste sous toutes ses formes. La forme utilisée dépendra de l’état psychologique fort du moment : si je veux communiquer avec les gens, si je veux être dans le moment présent, ça sera la photo ; si je veux m’éloigner un peu, penser, être dans l’imaginaire, ça sera plutôt la peinture…

Pensez-vous que votre scolarité dans une école française a eu une influence sur vos choix d’études ? Sur votre projet professionnel ?

Non. J’ai choisi de faire mon DEA en France parce que les études aux Beaux-arts en Égypte ne me paraissaient pas suffisantes.

Ce sont mes parents qui ont soutenu et encouragé mon désir de poursuivre des études dans le domaine artistique.

Quels ont été, selon vous, les apports principaux de votre scolarité dans une école française ?

Bien sûr, les cours de dessin m’ont aidé. La communication entre différentes cultures aussi, on avait des amis de toutes les nationalités ! Et puis les langues, bien sûr.

Quel a été, pour vous, l’apport de l’école française dans le domaine de l’apprentissage des langues ?

Le lycée français m’a beaucoup aidé dans ce domaine. C’est le poids le plus fort, je pense. C’est un des apports importants de l’école. Ma langue maternelle, c’est l’arabe. J’ai appris aussi l’espagnol et puis l’anglais, où j’avais toujours un bon niveau ; et puis le français. On ne parle pas souvent le français en Égypte…

Que pensez-vous des valeurs transmises dans le cadre de la scolarité dans une école française à l’étranger ?

Le système est différent, très différent, l’évaluation de l’élève est complètement différente… Je n’avais pas beaucoup d’aide des professeurs, et tant que tu n’es pas une bonne élève, on ne te pousse pas et tu deviens de pire en pire ! Donc ça a commencé comme ça (avant la 6e, j’étais dans une autre école) : les maths, c’était différent, le français, c’était dur, tout était différent, l’histoire aussi, et même ne pas s’habiller en uniforme, pour moi aussi c’était dur ! Donc, je ne me suis jamais senti bien dans ma peau. Dès qu’un élève a une faiblesse quelque part, il faut l’aider plus que les autres, pas le contraire. Ok, ceux qui ont de bonnes notes, ils savent faire ce qu’on leur demande, mais les autres… on ne s’intéresse pas à eux. J’ai fait beaucoup d’efforts pendant quatre ans, mais c’était dur !

L’école française que vous avez fréquentée vous a-t-elle semblée ouverte à l’environnement social et culturel local ?

La communication entre différentes cultures m’a paru importante mais j’ai quitté le Lycée français du Caire en troisième, alors ne sais plus trop.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes en matière d’orientation scolaire et professionnelle, compte tenu de votre expérience ?

La seule chose à retenir c’est que si on fait ce qu’il faut faire et que l’on n’y arrive pas, ce n’est pas parce qu’on n’est pas intelligent, c’est que le système ne nous voit pas : tout le monde ne peut aller dans la même direction. Il y a dans des pays nordiques des systèmes qui permettent aux élèves d’aller vers ce que eux ont demandé. Il ne faut pas insister en donnant aux élèves ce qui ne leur correspond pas. Ok, le minimum, la base, c’est très important mais si on insiste, l’élève perd confiance en lui. S’il ne peut pas comprendre une formule mathématique, ce n’est pas grave ; il ne l’utilisera peut-être jamais ! Il faut juste trouver quelque chose qu’on aime. Mon père m’a toujours encouragé à peindre. Lui-même est peintre et architecte. On m’a toujours beaucoup aidé dans cette direction et c’est ce qui finalement m’a permis d’être quelqu’un. Si je n’avais pas eu des parents comme cela, je n’aurais abouti à rien du tout. Si je n’avais pas eu l’art en moi, qu’est-ce que j’allais faire, si je n’étais pas bonne à l’école…

Donc trouver quelque chose qu’on aime et on investit tout, le temps, l’argent…

L’école française : un bon souvenir ? Des regrets ?

Je n’ai pas de regrets, mais toujours ce sentiment, quand je viens à l’école, que je n’ai pas réussi ma scolarité… Ce n’est pas un bon souvenir, ce sentiment de se sentir incapable d’arriver comme les autres ; c’est tout.

Mais je n’ai pas de regrets car, quand je vois le parcours, j’ai bien réussi en fait. J’ai suivi plusieurs systèmes, j’étais dans plusieurs écoles, j’y ai plein d’amis. Je ne regrette rien du tout, même si c’était très dur, mais c’est très bien de suivre ce type d’expérience-là…

 

Le 30e anniversaire du Lycée français du Caire a été marqué par l’arrivée d’une équipe de Thalassa, le magazine de la mer, qui était Égypte pour filmer un épisode de son itinéraire autour de la Méditerranée, de la mer Rouge et de l’océan Indien, le tout sous forme de carnet de route. Dans l’émission (diffusée le 18 décembre 2009 sur France 3) apparaît entre autres, le Caire… et le Lycée français ! La fixeuse de l’équipe, May El-Hossamy, photographe, ancienne élève du lycée, a exposé au CDI ses photographies prises durant le voyage.
Sur le site de la Radio du Lycée français du Caire, voir une interview filmée de May El Hossamy par Henri Fichter, de l’AEFE.